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Ruth BAETTIG

MI SONO PERSO (2015)
neon tube, dim: 220 x h25 cm

exhibition view ColletPark









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Ruth BAETTIG

MI SONO PERSO (2015)
work on postcard dim: 15 x h10,5 cm

exhibition view ColletPark









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MA GEOGRAPHIE
left to right

John ARMLEDER
Denis COLLETPARK
Ruth BAETTIG

exhibition view ColletPark








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Ruth BAETTIG

MI SONO PERSO (2015)
work on postcard dim: 15 x h10,5 cm

exhibition view ColletPark









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Ruth BAETTIG

ICH HABE MICH VERLOREN (2015)
neon tube, dim: 360 x h25 cm
MI SONO PERSO (2015)
neon tube, dim: 220 x h25 cm

exhibition view ColletPark








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MA GEOGRAPHIE
left to right

Ruth BAETTIG
Denis COLLETPARK

exhibition view ColletPark








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Denis COLLETPARK

LINKED STOOL (2015)

exhibition view ColletPark









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MA GEOGRAPHIE
left to right

Denis COLLETPARK
Ruth BAETTIG

exhibition view ColletPark








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Ruth BAETTIG

ICH HABE MICH VERLOREN (2015)
neon tube, dim: 360 x h25 cm

exhibition view ColletPark









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Denis COLLETPARK

LINKED STOOL (2015)

exhibition view ColletPark










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Ruth BAETTIG

VERSION IV (2015)
video numérique film sequence: Deserto Rosso (1964) Michelangelo Antonioni

exhibition view ColletPark









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Ruth BAETTIG

MI SONO PERSO (2015)
work on postcard dim: 15 x h10,5 cm


exhibition view ColletPark









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MA GEOGRAPHIE

Ruth BAETTIG


exhibition view ColletPark










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Ruth BAETTIG

MI SONO PERSO (2015)
engraved brass dim: 24 x h10 cm

exhibition view ColletPark







 

 

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Scholia à

 

MA GEOGRAPHIE | Ruth BAETTIG
Texte de Giuseppe DI SALVATORE

 

 

 

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1.

 

Ambiguïté:

 

L'expression "mi sono perso", en français "je me suis perdu", paraît correspondre à "j'ai perdu l'orientation", mais également à "j'ai perdu moi-même", c'est-à-dire "je suis perdu". Elle oscille entre un constat géographique - objectif - et un game over existentiel - subjectif. L'allemand "ich habe mich verloren" met l'accent sur le fait que c'est moi-même ce qui est perdu, et on s'attendrait à une continuation: "je me suis perdu dans...". L'ambiguïté sémantique entre le géographique et l'existentiel reste, même s'il ne s'agit plus d'une perte d'orientation.

 

Cette ambiguïté parle de l'ancrage spatiale de l'existence, et du fond existentiel de la géographie.

 

 

Tension:

 

L'idée que derrière toute écriture de la terre, tout dessin d'orientation, derrière toute pulsion géo-graphique, il y a le sentiment de l'imminence de se perdre, d'être perdu. La géographie serait donc une sorte de résistance contre le risque de se perdre.

 

 

Révolution:

 

Non. Le fait de se perdre est plutôt un point de départ, joyaux, une occasion de se retrouver dans une réalité non préalablement écrite. Le risque de se perdre est une chance, une chance d'être véritablement là, sur terre. La géographie commence là où je me suis perdu. Le fait d'être perdu, l'inattendu, est l'arrière-pensée de toute géographie.

 

La géographie est toujours "ma" géographie.

 

 

Perturbation:

 

L'écriture de la terre peut aller à l'encontre de l'écriture des cartes dites géographiques, et peut la défaire. Elle peut être un geste qui crée un espace pour une réécriture. Elle peut être un trou dans une carte.

 

 

 

 

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2.

 

D'où viennent les images? vieille question.
Un mur sur une table, sur lequel est projeté une vidéo numérique, qui filme
un écran transparent, sur lequel se déroule
une peinture en blanc, qui laisse voir - progressivement -
un film 35mm en anamorphose, qui montre
une femme moderne perdue dans le brouillard, qui laisse émerger
son image - que l'on voit.
Une archéologie de l'image - carrefour de l'artisanal et de l'existentiel -
dont l'opacité restitue, quand même,
une image, mieux: son épiphanie.

 

 

 

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3.

 

Cher Maître,

 

J'ai fait le tour de vos terres, en Thuringe. Mais là je croix que je me suis perdu, peut-être dans le Brandebourg. J'ai vu une statue de Bach, j'ai vu des jeunes au chômage, j'ai vu des longues forêts sans villages, j'ai vu les nouveaux moulins à vent, j'ai vu un camp de concentration transformé en musée, j'ai vu des églises sans religieux, j'ai vu des nouvelles entreprises polonaises, je n'ai pas vu d'immigrés. Mais là je croix que je me suis perdu. Et il y a plein de lumière...

 

Si je lis le journal sicilien de votre Italienische Reise, c'est aussi parce que vous m'avez dit: «On ne peut se faire aucune idée de l'Italie sans la Sicile. C'est ici que se trouve la clef de tout». Et en Sicile, au coeur de la Méditerranée, le circuit de votre tourisme des classiques s'est rompu. Aux marges (au coeur) de l'Europe, les chemins sombres de la reconnaissance se sont ouverts au dépaysement du voyage. Vous étiez aux marges de vous-mêmes, face à une réinvention. Aux marges - au coeur. Il y avait plein de lumière dans les chemins non-franchis, non-reconnaissables. Un peu comme pour les gens du sud, qui aujourd'hui arrivent en Sicile: ils sont reçus en touristes, mais ils sont aux marges d'eux-mêmes, en voyage.

 

Alors, si je me suis moi-même perdu au coeur de l'Europe, aux marges de la nouvelle Allemagne, peux-je dire que c'est là le moment de commencer à voyager? C'est cela que vous vouliez me dire, maître Johann Wolfgang? C'est ça la lumière? Quand au coeur d'un lieu on se retrouve à ses marges, le tour perd son retour et devient voyage. C'est là la lumière?

 

En attendant de vous lire encore, je m'achemine vers l'orient.

 

Votre,